« Qu’est-ce que la Porno-Misère ? » (manifeste de Luis Ospina et Carlos Mayolo)

(traduction de l’espagnol en français par Olivier Hadouchi avec l’aide de Joaquín Manzi : une première version de notre traduction de ce texte est parue dans la revue « Mondes du cinéma »)

Image tirée du film " Agarrando Pueblo" Copyright : Luis Ospina

Image tirée du film  » Agarrando Pueblo » Copyright : Luis Ospina

    Le cinéma colombien indépendant a eu deux origines. Une première qui visait à interpréter ou à analyser la réalité et une deuxième qui découvrait, à l’intérieur même de cette réalité, des éléments anthropologiques et culturels afin de la transformer. Au début des années 1970, avec la loi de soutien au cinéma, un certain type de documentaire est apparu, qui copiait superficiellement les réalisations et les méthodes des cinémas indépendants jusqu’à les dénaturer. Ainsi, la misère est devenue un thème choquant, une marchandise facile à vendre, à l’étranger en particulier, où la misère est la contrepartie de l’opulence des consommateurs. Si la misère avait servi d’élément de dénonciation et d’analyse pour les cinémas indépendants, l’appât du gain n’offrait pas une méthode susceptible de découvrir de nouvelles prémisses pour analyser la pauvreté. Bien au contraire, ce nouveau cinéma indépendant et misérabiliste a créé des schémas démagogiques jusqu’à devenir un genre que l’on pourrait appeler la porno-misère.

    Ces déformations ont entraîné le cinéma colombien vers une voie dangereuse car la misère était présentée comme un spectacle de plus, où le spectateur pouvait laver sa mauvaise conscience, s’émouvoir et se rassurer. Nous avons fait AGARRANDO PUEBLO (Duper le peuple) comme une sorte d’antidote ou de bain maïakovskien à l’adresse des spectateurs. Nous voulions montrer au public l’exploitation que l’on trouve dans ce cinéma misérabiliste, capable de faire de l’être humain un objet, quelque chose d’étranger à sa propre condition.

      Luis Ospina et Carlos Mayolo, réalisateurs de Agarrando Pueblo (Duper le peuple, « Les vampires de la misère ») (1978). 

      Et voici un lien vers le film « Agarrando Pueblo » (Luis Ospina et Carlos Mayolo, Colombie, 1977) qui dénonce l’exploitation de la misère du tiers-monde en général et de la Colombie en particulier, par des cinéastes peu scrupuleux agissant un but strictement commercial et intéressé. Le manifeste s’attaque directement à ce genre de productions, et non au cinéma social et engagé d’Amérique latine en général ; il permet de faire le tri en quelque sorte.

http://www.youtube.com/watch?v=szqPmaZ7KdQ (Copyright : Luis Ospina)

Manifeste de Luis Ospina et Carlos Mayolo.

Manifeste de Luis Ospina et Carlos Mayolo. Copyright : Luis Ospina

 

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